Jour 9 (déjà !) – Vers Montbard.

Je me réveille avec cette phrase de Proust dans le deuxième tome de la recherche, alors que le narrateur perd Gilberte : Cependant, comme presque chaque fois que j’allais la voir, Mme Swann m’invitait à venir goûter avec sa fille et me disait de répondre directement à celle-ci, j’écrivais souvent à Gilberte, et dans cette correspondance je ne choisissais pas les phrases qui eussent pu, me semblait-il la persuader, je cherchais seulement à frayer le lit le plus doux au ruissellement de mes pleurs. Car le regret comme le désir ne cherche pas à s’analyser, mais à se satisfaire.

Je parlerai de ma découverte de Proust une autre fois. Il faut se lever et partir tôt, canicule oblige. Petit déjeuner avec Marie Ange et Clovis. ces deux là aiment la compagnie et cela tombe bien, moi aussi. Quand on voyage seul, toutes les occasions sont bonnes pour avoir des contacts. Au fur et à mesure de la conversation, je me rends compte qu’ils sont fort seuls. Ils sont en pétard avec tous leurs voisins ainsi qu’avec beaucoup de leurs enfants. Pourtant l’homme, dont je devine le caractère entier, est d’apparence joviale.

Je démarre avant 8 heures et je me sens des jambes en coton. Il fait frais et beau, j’ai envie de pédaler pour gagner sur la chaleur mais je peine. Une heure plus tard mes intestins se lâchent. Arrêt d’urgence et fesses à l’air. L’aventure est faite aussi de ces contingences qui bouleversent le programme envsagé. Remonté sur mon vélo, je m’aperçois que ma batterie ne tiendra pas jusqu’à l’objectif visé, Montbard. Il faut s’adapter et envisager un arrêt pour recharger. Il est déjà 11 heures et je me déroute vers Ancy le franc. En d’autres temps, cette accumulation de contrariétés et d’incertitudes (je n’ai pas réservé de logement), m’aurait fort tendu.

Petit bistrot typique. Une petite fille de quatre ans vient s’asseoir à côté de moi et me dit : “moi aussi j’ai une montre”. L’entrée en matière est directe. J’admire cette aisance à créer un contact. Aujourd’hui (ce ne fut pas toujours le cas), j’ai énormément de plaisir à aborder les personnes inconnues que je rencontre. Comme je m’extasie devant la beauté de sa montre, elle précise : “elle a un bracelet rose et des décorations”. C’est un commentaire factuel et incontestable. “Tu es seul ?” me demande-t-elle. La question est l’expression d’un étonnement que je sens chez beaucoup de gens que je croise mais qui n’osent pas l’exprimer. Un homme d’un certain age qui fait du vélo seul, c’est curieux. La petite ose :”pourquoi ?”. “Parce que j’avais envie d’être seul”. C’est la stricte vérité et cette réponse a l’air de la satisfaire. Elle ajoute “moi aussi, j’ai un vélo” sans que je sache comment elle m’a identifié comme cycliste. “j’ai même monté une pente avec maman, mais je préfère rester chez moi” et elle disparaît. Je ne connaîtrai jamais la raison de ce tempérament casanier. J’avise un couple de cyclistes randonneurs qui arrivent. J’ai envie de leur dire “moi aussi, j’ai un vélo”. Mais je suis un adulte rompu aux usages en société. Je leur dit “vous êtes en route depuis longtemps ? ” et nous engageons une conversation sur nos chemins respectifs, Ils viennent de Toulon et remontent le canal de Bourgogne depuis Dijon. C’est important d’être en lien même bref, même sommaire, avec les personnes que je croise. Je ne veux pas passer comme un ovni, refermé sur moi même.

La suite ne sera pas agréable. Il faut affronter le fort soleil de l’après-midi pour enfiler 27 km jusqu’à Montbard. J’encaisse des fouettées d’air chaud et, bouche ouverte et gorge sèche, j’avale tous les insectes de la création. Jusqu’au moment où je réalise qu’en fait, il suffit de suivre le chemin ombragé qui suit le canal de Bourgogne, sans camions, ni motard fou. Je plante ma tente au camping de Montbard sur un emplacement à l’ombre avant de constater que la terre tournant, la tente est en plein soleil dès 18 heures. Je dois bien constater une fois de plus que je suis totalement inadapté pour la vie au grand air. Il est 20h53. j’aurais bien aimé en dire plus de cette expérience de campeur mais la sagesse du corps me commande d’en rester là. La nuit sera sûrement difficile et j’ai l’intention de repartir très tôt. Pas de photos non plus, la connection internet n’est pas simple.

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