Jour 11 – Du pays Auxois à la plaine de la Saône.

C’est une étape que je redoute. Trop de routes, d’autoroutes, des départementales rouges, des villes, des dénivelés importants mais relativement imprécis sur la carte. Vais-je avoir suffisamment de batterie pour affronter les 80 km ? C’est essentiel car le vélo est trop lourd pour affronter la moindre côte sans batterie. Affronter le Sahara aussi, qui s’est laissé glisser vers l’Europe.  Je pars à la pointe du jour dans les vapeurs ondoyantes qui s’évadent des prés et des champs.

C’est un temps discret d’entre-deux. Le silence des hommes est envahi par le chant des oiseaux. La lumière est douce et hésitante. Le soleil attend son heure derrière les collines. Encore dans l’ombre des rêves nocturnes et déjà dans les désirs du jour. Un temps pour deviner plus que pour discerner. Un temps d’expectatives et d’espoirs.  Dieu que c’est magique, le spectacle du jour naissant !

Ma route suit le canal de Bourgogne jusqu’au Pont d’Ouche. Je croise de rares pêcheurs dans leur solitude concentrée sur les brochets, sandres, carpes et ablettes qui peuplent ces eaux paisibles troublées uniquement, à cette heure matinale, par les flics flacs des cabrioles des brochets pour happer les insectes qui imprudemment, se sont trop approchés du miroir de l’eau. Un pêcheur, croisé l’autre jour m’a dit avoir attrapé récemment un sandre de 80 (entendez 80 cm) et de 7kg (« on l’a mis au surgèle pour le repas de Noël, les autres poissons, je les remets à l’eau ; les brochets ont trop d’arêtes et les carpes goûtent la vase »). Une petite leçon raccourcie des échanges alimentaires entre espèces (je contribue moi-même largement au programme alimentaire des insectes ; je suis piqué partout…).

La revanche des coquelicots

Au pont d’Ouche, plusieurs possibilités et je choisis, comme toujours, celle qui me semble la moins fréquentée. Après le village d’Aubaine, la route s’élève, s’élève et s’élève encore. Comme je suis inquiet pour la suite du voyage, je sollicite le moins possible l’assistance électrique. Donc j’ahane, je m’accroche au bitume tel un cheval de trait à la glaise,  je tire sur mon guidon, je pousse sur mes pédales, je tire cette maudite remorque tel Sisyphe son caillou , je guette à travers les ramures, la couleur du ciel qui annoncera la fin de la montée, c’est sûr on doit y être, mais non, on n’y est pas, je vois avec appréhension fondre l’indice de charge de la batterie. Arrivé au sommet, je dois me résoudre à utiliser la batterie de rechange alors qu’il me reste encore 50 km. Ça ne va pas le faire.  

Mais là miracle, je tombe sur la départementale D970 que je pensais devoir éviter : il n’y a personne à cette heure matinale. Alors la suite est une longue descente, une interminable et délicieuse descente, un vrai rêve de cycliste, jusqu’à Beaune que je ne devrai même pas traverser. Je suis dans la plaine de la Saône, j’ai dépassé la Côte d’or. Le soleil est chaud mais le plus dur est fait. Je peux musarder et profiter du temps (chaud chaud !). Je traine un peu à Pommard Je constate, comme toujours, l’ambiance singulière des villages vignerons. Tout s’articule autour de cette activité qui impose son rythme aux humains tout au long de l’année et le village n’est qu’un grand comptoir de vente pour appâter les touristes nombreux qui font le pèlerinage des grands crus.

La côte, c’est le talus, résultat d’un mouvement tectonique, qui commence aux grands bancs calcaire et qui s’étend jusqu’aux premières terres grasses de la plaine. Sorti du talus, on retombe immédiatement dans les activités agricoles traditionnelles. Je reprends ma route pour Bligny-lés-Beaune. Ce n’est plus qu’une promenade de santé. Mais soudain, c’est la batterie humaine qui est à plat. Plus de jus, sans doute trop d’efforts et une alimentation insuffisante. Baisse de tension. Je m’allonge sur un banc dans le village. Je vois des ombres et cela tourne. Après un moment, je reprends ma route cahin caha, avec de fréquents arrêts et l’assistance au maximum, sous le soleil caniculaire dans la plaine écrasée, pour arriver à Châlons qu’il faut traverser par 38 degrés. A l’hôtel, la chambre est climatisée, le soleil est au zénith et le cycliste s’écroule sur son châlit. Le lendemain sera une journée de repos.

Vidéo jour 11 Vidéo 2 jour 11

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