Jour 13 – De Chalon à Macon

Samedi 29 juin 2019

Je suis décidé aujourd’hui à faire des kilomètres. Ayant refait un rapide calcul des étapes prochaines, je constate que je suis un peu en retard. J’ai l’intention de suivre le véloroute de la Bourgogne Sud qui va de Chalon à Macon en passant par Cluny. Il suit en fait une ancienne voie de chemin de fer et c’est, me dit-on, le premier circuit totalement autonome a avoir été créé en France. Il fait d’ailleurs une boucle puisqu’il remonte de Macon en longeant la Saône en passant cette fois par Tournus. Je quitte l’hôtel à 05h45.

Le véloroute est très bien aménagé, j’enfile les kilomètres. Je croise un sanglier qui s’attarde dans le jour naissant. J’ai fait plusieurs rencontres de ce genre. Un lièvre m’a curieusement précédé sur la route pendant plus dizaines de mètres. J’ai rencontré plusieurs fois des hérons et des rapaces. le vélo est silencieux même avec le moteur électrique. Ils ne m’entendent pas approcher.

Le vélo route croise la ligne TGV que je pense être la ligne Paris Lyon. Dans le temps, les trains, on les entendaient venir de loin. On entendait le bruit des moteurs et les bruit des roues sur les interstices entre les rails. Le TGV, me surprend quand il est déjà ma hauteur. Je ne sais pas comment ils ont fait pour ne plus mettre d’interstices entre les rails. Evidemment, en écrivant cela, je me dis que la réponse doit se trouver dans la grande encyclopédie numérique et vérification faite, c’est le cas : on pose maintenant de longs rails soudés. Bon, je vous épargne les détails scientifiques que vous trouverez ici, si cela vous passionne. Le TGV chuinte dans un grand glissement. C’est discret, élégant, efficace, rapide, fonctionnel. Je suis très visible et inélégant, lent, je dois souvent chercher mon chemin et je suis empêtré dans mes fontes, mes sacs et mes gourdes. Nous n’avons rien en commun lui et moi. Je croise aussi assez bien de cyclistes amateurs, avec de superbes tenues chamarrées, casque impressionnant et lunettes irisées, en miroir, postérieur surélevé, faisant corps avec leurs mécaniques effilées, sans fontes, sans cartes, ils savent où ils vont. Je ne les entends jamais venir non plus . Je m’efforce de les saluer et je reçois quelques signes de sympathie en réponse. Pour moi c’est juste de la politesse entre humains. Je ne pourrai jamais totalement revendiquer le même statut. J’ai le postérieur trop bas. Je pense que ceux qui me répondent le font par condescendance. Dans le TGV, les gens n’ont même pas l’occasion de distinguer le cycliste inélégant.

Après Cluny, le veloroute connaît soudain des fortes déclivités. On monte de raides collines jusqu’à arriver à un tunnel assez long, vaguement éclairé. que l’on franchit dans une fraicheur bienvenue. La suite est moins claire. J’ai lu sur le blog d’un cycliste (la vie à vélo d’Albert) qu’il est possible de suivre le chemin du halage le long de la Saône. Il faut traverser Macon mais par où passer ? La chance fait partie du voyage. Je tombe sur un office du tourisme. Pas n’importe lequel : pour cyclistes comme moi ! Je m’ y arrête avec soulagement.

Deux jeunes sont à l’accueil. Ils sont occupés. Je leur demande le chemin. Je leur demande comment trouver le chemin de halage vers Lyon. La préposée me donne une carte de Macon, m’indique comment prendre la D51 à partir du pont Mitterrand. Et après, demande-je candidement. Après ? “Après, c’est sûrement indiqué”. Je poursuis ma route, fort de cette assurance, confiant et enthousiaste à l’idée d’avaler encore 50 km. Je n’ai pas réservé de logement. Je suis prêt à prendre ce qui viendra, comme cela viendra. Evidemment, cela ne viendra pas et ce la ne viendra pas comme cela devrait. J’aurais dû écouter Albert . Dans son blog, il écrivait : Le chemin reste difficile, très grossier avec souvent des fondrières dues à la fréquentation de quelques véhicules.

Il fait de plus en plus chaud. Je passe Macon en me perdant quelque fois mais en me retrouvant. Je passe le pont Miterrand. Au passage quelques vues sur Macon et la Saône depuis le pont.

Je m’avance sur la D51 mais je ne vois aucun marquage. Je prends un chemin de terre vers la Saône qui va jusqu’à un cul de sac; je reprends la D51 et je repars plus loin dans des chemins de terre de plus en plus inconfortables, caillouteux orniéreux et piégeux, je me perds, je le sens, il fait chaud, je ne sais plus où je suis et je ne vois pas la fin de ce chemin. Et bardaf c’est à ce moment que la remorque se coince dans une ornière, que le vélo se cabre et que je tombe sur le côté et plonge la tête en avant dans une haie d’aubépine et de ronces. Je suis passé à travers, elle en porte la marque. A mon passage, elle m’a également laissé quelques marques. Je suis le nez dans la terre et je me recule doucement pour m’extirper de cette situation aussi grotesque qu’inconfortable.

Au moment où je veux me redresser, je ressens une douleur très aiguë dans la hanche gauche. Cette hanche artificielle me fait souffrir depuis plusieurs mois et je sais que je vais devoir repasser sur le billard mais jusqu’à présent j’ai fait semblant de l’ignorer. J’ai du me recevoir sur le genou et la hanche a pris un coup. Je peux à peine poser le pied par terre. Je rassemble mes affaires et retourne vers le dernier village traversé. Je pédale d’une jambe chaque mouvement de la jambe droit me fait terriblement mal. J’avais avisé un petit bar ouvert où je pense aller me déposer. Monter et descendre du vélo est une prouesse. Je m’assied prudemment et oui, c’est possible. Mieux, assis, je n’ai plus mal. J’essaie de rassembler mes esprits. J’appelle Anne qui me dit “va à l’hopital”. Je n’en ai aucune envie et je sais que je n’en ferai rien. Il faut que je trouve un hôtel. Booking m’indique qu’il faut retourner à Macon (7 Km). Je pense aller me déposer et attendre demain. Je réserve une chambre. Le retour est un calvaire. Je m’allonge (et c’est compliqué) et je ne bouge plus. Mon voyage s’arrête ici, c’est sûr ! Je ne sais absolument plus utiliser cette jambe, je ne parviens même pas à passer la marche de 5 cm qui sépare la chambre de la salle de bain. Je réfléchis aux scénarii pour rapatrier mon vélo et mon corps . De toute façon, dans un SMS récent, j’ai écrit à Anne que je le léguais à la médecine. Elle ne m’a pas répondu. Décidément, on est toujours tout seul. A ce stade, le bon sens me commande de regarder la TV et de ne plus penser jusqu’au lendemain. C’est vrai que de toutes façons j’ai europe assistance, ma carte de banque, mon GSM, google et que le match des footballeuses suédoise contre les allemandes est superbe. Et puis malgré tout, je sais qu’elle m’aime.

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