Mercredi 17 juillet – De Sassnitz à Trellenborg (Anderslöv)

Journée de transition aujourd’hui. Nous devons prendre le ferry à 13 heures pour traverser la Baltique en direction du port Suédois de Trellenborg. La traversée dure quatre heures mais en comptant le temps d’embarquement et de débarquement, il vaut mieux prévoir six heures et demie. Notre hôtel se situe tout à côté du port. Nous traînons donc sur la terrasse. Lecture, mail professionnel, recherche de logement en Suède et préparation de la suite du voyage.

Nous avons réservé les billets par internet. Aujourd’hui, les voyages sont grandement facilités par l’usage d’internet et du smartphone. Nous réservons tous nos logements de cette manière l’après-midi vers 15 heures (Booking.com, Airbnb), nous consultons la météo, nous informons sur les lieux que nous visitons, nous correspondons avec nos proches, nous suivons les actualités du monde, je rédige le blog, bref nous faisons exploser le coût des communications de data. Enfin, je devrais tout mettre au singulier. Anne s’est aperçue peu après notre départ qu’elle avait oublié le fil pour la recharge de son vieux GSM. Elle a eu la simplicité d’avouer que c’était un acte manqué. J’ai fait semblant de la croire et nous n’avons pas cherché un câble de rechange. Ma blonde adore vivre un peu en retrait du monde.

Les ports et les aéroports ont ceci en commun de rassembler en un même lieu un condensé de la race humaine, tous statuts sociaux et origines ethniques confondues, pour une activité commune qui consiste fondamentalement à attendre. A Sassnitz, on attend dans des files organisées et nous sommes rangés dans la file numéro 16 qui regroupe les cyclistes (une dizaine) et les motos (une poignée). On sent la solidarité des motards. Nous ne comprenons rien de ce qui se dit, mais on admire les vestes de cuir, les cylindres rutilants, les airs de vikings conquérants des motards et la forte constitution de leurs compagnes. Je suis bien peu de chose avec mon petit moteur électrique Bosch et ma frêle compagne, côté de tant de puissance.

Une activité des ports d’embarquement vers la Suède est le commerce de l’alcool. La vente d’alcool est un commerce réservé à l’Etat en Suède à des prix que l’on dit être prohibitifs mais qui, vérification faite plus tard, sont très comparables à ceux qui sont pratiqués en Belgique. Quoi qu’il en soit, chaque suédois qui s’embarque, fait un détour par le magasin d’alcool à côté de la zone d’embarquement et, équipé d’un diable, entasse les caisses de bouteilles qui lui permettrons de tenir le coup pour quelques semaines. Ce n’est pas que les suédois boivent beaucoup, mais le vendredi et le samedi, ils boivent jusqu’à oublier le nom de leur chien. Nous n’avons pas de diable et nous n’achetons qu’une bouteille parce que nous buvons aussi en semaine mais nous n’oublions jamais le nom de notre chien qui a été confié à la garde bienveillante de la généreuse Patty.

Nous sommes entourés de motorhomes allemands et suédois, de voitures et de camions. Tout cela s’entasse dans le ferry où tout est prévu pour rendre l’attente agréable : restaurant, self service, magasin de parfums, d’alcool et de confiserie, salle de jeux pour enfants, salle de jeux vidéo. C’est à ce moment que je m’aperçois que j’ai enfermé Proust dans une fonte restée dans la cale qui n’est plus accessible malgré mes tentatives ingénieuses. Il ne me reste qu’à attendre. Je déteste attendre et ma blonde n’aime ni le Scrabble, ni les jeux de carte, ni les échecs. J’essaie bien de détourner son attention par des conversations oiseuses mais après une réponse polie elle replonge aussitôt dans son livre. Il ne me reste donc qu’à méditer sur l’inéluctable solitude de l’être humain.

A l’arrivée nous restons bloqués trois quarts d’heure dans la cale en raison d’un problème technique. Quand nous sommes libérés, mes mollets ont la puissance d’un moteur atomique et je snobe les motos en les dépassant. Nous devons encore faire une heure et demie de vélo pour rejoindre notre lieu d’hébergement, une charmante maison décorée par une spécialiste en ameublement dans la campagne suédoise. Tout est rose, fragile, biblotesque et féminin. J’en viens presque à regretter la morne robustesse allemande.

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