Mercredi 24 juillet 2019 – De Fakse Ladeplats à Keldby (île de Møn)

Fax Ladplats, Bredeshave, Praesto, Kalvehave, Stege, Keldby

Nous avons une grosse étape ce matin. Nous souhaitons arriver sur l’île de Møn (se dit men avec un e comme dans je) où nous pensons passer deux nuits. L’euro route 10 rejoint une route cyclable qui relie Berlin à Coppenhague sur 650 Km (c’est relativement court parce que la route emprunte le ferry Rostock/Gedser qui permet d’éviter le grand tour par le Schelswig Hosltein/Jutland).

Nous croisons beaucoup de randonneurs à vélo. Le vélo, c’est tout un monde où l’on rencontre des jeunes, des très très jeunes et même des bébés, des quadra, des vieux et des très vieux qui ne sont jamais que des vieux plus vieux que moi. Chacun à son rythme, tous semblables dans l’effort et la confrontation aux événements climatiques et aux aléas du relief. Nous échangeons des signes de sympathie qui changent selon les pays (Allo! en Allemagne, hey ! en Suède et au Danemark) avec chaque fois un petit regard investigateur sur les personnes et leurs équipements. Beaucoup de couples d’un certain âge parfois arnachés comme des coureurs du tour de France. Des hommes et des femmes seuls aussi. Beaucoup de familles avec deux ou trois enfants et tout le matériel de camping. Certains voyagent avec de très petits enfants qui ne sont pas en âge de pédaler, calés dans une remorque frontale généralement poussée par le père. Nous avons croisé aussi quelques mères (ou plus rarement père) voyageant seules avec leurs enfants. Les vélos électriques sont rares, les remorques très rares et souvent avec une roue unique. Les fontes Oertlib sont incontestablement le standard. Certains sont très chargés, d’autres se promènent avec une économie de bagages qui fait envie. Avec nos shorts de marche, nos tee shirts de randonnées, notre remorque et nos moteurs électriques, nous faisons figures de cyclistes du dimanche. Nous dépassons très souvent mais nous sommes également dépassés par de jeunes et de moins jeunes gambettes, sur vélo sans moteurs, souvent sans bagages mais même parfois chargés comme nous. Dépasser ou croiser est parfois aventureux, surtout quand on voit arriver en face, une famille avec des enfants zigzaguants.

Parfois le chemin s’écarte de la côte et nous circulons sur de petites routes de campagne, entre les champs de céréales qui ne sont pas encore moissonnés ou dont la moisson vient de débuter. En Avignon, les moissons étaient en cours sinon terminées. Que l’on soit dans le sud ou dans le Nord, les dévoreuses de céréales sont aussi impressionnantes, arpentant les champs, besogneusement et dispersant derrières elles, un nuage ocre de poussières et de paillettes broyées.

Et puis au détour d’une petite route dans les bois, une surprise : une vieille école où se déroule une fête. Les enfants sont attablés et dessinent pendant qu’un petit orchestre de chambre joue un trio de Mozart. Tout cela dans une ambiance très décontractée. Une violoncelliste (remarquable d’ailleurs) joue ensuite un morceau de musique contemporaine suivie par une suite de Bach. D’autres cyclistes de passage s’arrêtent. Un petit moment de légèreté musicale hors du temps; avant de reprendre la route au milieu des champs.

Nous approchons de Kalvehave où un pont permet de rejoindre l’île de Møn. Il se profile au loin. Franchir les ponts est parfois périlleux parce que la place réservée aux vélos est souvent (certains ponts sont anciens) très réduite et se croiser est difficile sinon impossible sans mettre pied à terre. Il faut naviguer et garder son équilibre entre balustrades en acier et séparation en béton.

Mais avant de franchir le pont nous nous arrêtons auprès de la splendide église du 13ème siècle, bâtie à l’écart du village , sur une petite colline et entourée comme il se doit, d’un petit cimetière-jardin. Comme dans beaucoup d’église que nous visitons, une maquette de navire pend au milieu de la nef centrale. C’est un bateau votif. Comme l’explique Wikipedia, Ces navires votifs sont des offrandes propitiatoires, parfois faites avant d’entreprendre une expédition maritime, mais sans lien avec une épreuve, un danger ou une fortune de mer précise. Ils sont offerts par les communautés de marins pour se placer sous la protection divine. Ce type de maquettes, souvent de facture très fidèle à l’original, est suspendu de façon bien visible au centre de la nef de l’église. Ces ex-voto sont particulièrement nombreux dans les églises des pays scandinaves.

D’après internet et les applications que nous utilisons, il n’y a aucun logement disponible sur Mon. Les campings qui ont un site, affichent complet. Par précaution, nous avons quand même appelé un camping le matin, pour voir si des randonneurs à vélo pouvaient être acceptés. Réponse affirmative, “au besoin on fera bouger des voitures pour faire de la place”. Anne qui aime camper, se réjouit de cette perspective. Je suis résigné : il n’y a manifestement pas d’alternative. Nous consultons l’office du tourisme lorsque nous arrivons à Stege, la principale ville de l’île, peu après avoir franchi le pont. Une vieille lady qui s’efforce de parler français, nous remet une liste de camping et des cartes des pistes cyclables. Question logement nous ne sommes pas très avancés et mon appréhension grandit avec les kilomètres; nous faisons une petite pause en ville pour étudier la situation et Anne, décidément très détendue, en profite pour s’acheter une petite bague chez une femme, artisan orfèvre local.

Nous voici en route vers un camping au nord de l’île. En cours de route, changement de batterie, une petite halte de trois minutes. quand nous repartons nous avons les jambes en feu. J’imagine que je fais une réaction au soleil mais Anne me dit qu’elle éprouve la même chose. En fait, à l’endroit où nous sommes arrêtés, il y avait des nuées de moustiques minuscules et nous sommes couverts de piqures. Arrivés au camping, nous prenons notre place dans la file pour nous inscrire. Devant nous, un homme vient signaler qu’il s’en va à cause des moustiques; cela nous inquiète mais pas suffisamment pour nous décourager. Lorsque nous partons à la recherche d’un emplacement, nous nous rendons compte que l’endroit est véritablement infesté de ces insectes sanguinaires. Il me rendent fou et je choisi brutalement de fuir au plus vite de cet endroit. Anne bien que partageant mon aversion pour ces moustiques, a quelque peine à suivre ma fuite frénétique.

Nous revoici sur la route, j’ai l’impression d’avoir fuit l’enfer. Il est six heures, nous devons viser un autre camping et nous nous enfonçons à l’aventure sur l’île. Au boût d’une quinzaine de kilomètres, nous croisons un autre camping où nous prenons une petite place dans un espace réservé aux randonneurs à vélo. La responsable du camp nous explique qu’ici aussi, il y a des moustiques (“je ne vais pas vous mentir”) et que ces moustiques ne sont apparus sur l’île l’année passée. A l’expérience, nous constaterons que certes, il y en a, mais en petit nombre. Il réapparaissent lorsque le soleil disparaît et il faut alors se couvrir de la tête au pieds. Le mieux est encore de s’enfermer dans sa tente. Après cette longue journée et ces aventures, s’allonger dans la tente est un délice, surtout lorsque l’on s’est enduit de crème pour apaiser les démangeaisons des piqures de moustiques.

Au milieu de la nuit, je suis pris de crampes très douloureuses. je parviens à m’extirper en rampant de la tente, mais pas à me relever. Je suis étendu sur le sol en me tordant sans parvenir à me relever. Je reste étendu ainsi en essayant de faire disparaître les contractions. Les moustiques s’en donnent à cœur joie. Je ne sais plus que faire et il n’y a rien à faire. c’est la fin du monde. Je cire: “ils m’attaquent”. Il ne restera que mes os. Anne entend mes lamentations mais ne peut rien pour m’aider. Je finis par me relever et m’enfuir dans les toilettes. Un souvenir horrible. Quand Anne le raconte, elle est, à chaque fois, prise de fous rires tant la situation était grotesque. Dans les grandes souffrances, on est toujours seul. Elle aura quand même assez d’empathie pour m’aider à me couvrir de crème apaisante quand je reviendrai sous la tente. Demain, c’est sûr, je boirai six litres d’eau.

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