Jeudi 25 juillet 2019 – Sur l’île de Møn

La nuit en camping est agitée. Anne se réveille à l’aube, déprimée, avec un fort mal au dos. J’ai eu un sommeil par épisodes dont un avec crampes qui me restera en mémoire. Anne serait prête à mettre fin à l’expérience. Je l’encourage à passer une nuit de plus car l’endroit n’est pas trop désagréable. C’est un petit camping, et nous sommes dans un espace consacré aux randonneurs à vélo. Nous y trouvons une famille allemande avec deux jeunes filles. Nous y serons rejoints par un couple de trentenaires hollandais, un autre couple de nationalité inconnue et un cycliste solitaire, vraisemblablement allemand parce qu’il nous semble particulièrement organisé et méthodique. La visite de l’île est un must pour ceux découvrent le Danemark

Toute la journée nous circulons sur l’île et visitons, les églises anciennes, les falaises blanches, le “château” de Liselund, et les petits villages que nous croisons. L’île est réputée pour son climat très doux et de nombreux artistes s’y sont installés. Ils mettent leurs productions en valeur dans leurs ateliers ouverts un peu partout sur l’île.

Nos roues nous mènent d’abord vers l’église d’Elemelunde, toute blanche, perchée sur une colline et qui sert de repère pour les marins. L’église est la plus ancienne de l’île et certaines parties remontent à 1080. Elle est couverte de fresques du XVème du maître d’Elemelunde dont on ne sait rien. L’autel en bois sculpté représente en son centre, la dernière cène et l’on peut identifier les apôtres et Judas, cachant la bourse avec les trente deniers. En sa partie supérieure, l’autel se poursuit par une échelle qui, passant au-dessus de la croix, conduit directement sur les genoux de Dieu. C’est simple, mais il fallait y penser. Les fidèles prennent place dans des bancs sous lesquels circulent de gros tuyaux de chauffage. Comme dans toutes les églises que nous avons visitées, un espace est réservé pour les enfants au beau milieu de l’église, parmi les bancs. Dans les cimetières, les tombes ne sont pas rangées les unes à côté des autres, comme chez nous. Ce sont le plus souvent de simples blocs de roche sur lequel sont gravés des noms. Cela permet de conserver l’aspect “jardin d’agrément”.

Nous enchainons ensuite avec l’église de Bore puis celle de Magleby. Moins décorées mais aussi charmantes et originales.

Le “Château” de Liselund est une résidence de vacances édifiée au 18ème siècle par Antoine et Lisa de la Calmette dans un parc aménagé à l’anglaise, avec notamment un pavillon chinois.

Nous reprenons la route pour découvrir les falaises qui bordent l’est de l’île et qui font courir les foules. Personnellement je n’éprouve pas un intérêt particulier pour les falaises. Ce n’est pas une curiosité naturelle très spécifique sauf, dit-on, que celles-ci ont l’apparence de glaciers. L’office du tourisme de Sege nous a conseillé d’éviter Møns Klint où se trouvent les plus beaux panoramas mais qui sont très fréquentés. Nous nous arrêtons plus avant près d’un restaurant d’une belle architecture moderne et nous marchons sur un petit sentier jusqu’aux falaises que nous observons d’en haut.

Nous continuons ensuite notre périple sur l’île en passant par de grands bois (et des chemins peu confortables), de petites agglomérations, et notamment, le petit port de Klintholm Havn perdu au bout de l’île où nous trouvons quelques beaux bateaux à voile, en bois. Plus loin, une stèle rappelle qu’en 1945, une barge chargée de 395 réfugiés des camps de concentration, abandonnés en mer par les nazis, chavira au large du port. Les marins sauvèrent 351 personnes. Heureux temps où le sauvetage des humains semblait un devoir premier et élémentaire.

D’ailleurs et de manière générale, l’attitude de la nation danoise à l’égard des juifs lors de la dernière guerre fut exemplaire. La population, les autorités et les institutions s’efforcèrent de les protéger et, avertis de la rafle annoncée à l’automne 43, collabora avec la résistance pour évacuer la très grande majorité d’entre eux vers la Suède. Ils échappèrent ainsi à la mort. Quant à ceux qui furent pris, les autorités danoises exigèrent des allemands qu’ils soient enfermés dans le camp modèle de Theresienstadt. A l’inverse de la plupart des gouvernements européens, qui ne s’occupèrent pas du traitement réservé à leurs citoyens juifs, des colis seront régulièrement adressés aux juifs venant du Danemark et le gouvernement danois insistera pour que la Croix-Rouge puisse avoir régulièrement accès au camp.

Nous retrouvons notre tente en fin de journée. Les moustiques réapparaissent en nombre à partir de 19 heures. Il faut alors se couvrir de la tête aux pieds et protéger mains et visages. Cela ne permet pas de faire grand chose sauf à se cacher dans la tente dont on ferme précipitamment les tirettes des portes. J’opte personnellement pour la seule alternative : repartir faire quelques Km à vélo en attendant l’heure du coucher. En fin de journée, sans beaucoup bouger, nous aurons faits près de 60 km. Comme je n’ai pas l’intention de renouveler l’expérience de la nuit précédente, j’ai bu la moitié de la Baltique pour éviter les crampes. Évidement boire beaucoup entraîne d’autres obligations. Je deviens un expert en sorties rampées, et rentrées crawlées dans cette tente-boyau. Anne a dormi comme un bébé. Elle se réveille quand même avec un solide mal au dos et me déclare qu’elle se demande “si camper est encore un plaisir de son age”. J’ai sur cette question un avis très arrêté mais vivre à deux, c’est aussi ne pas abuser de ses victoires.

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